Mixine
Lamproie marine
| Petromyzon marinus Linnaeus, 1758 |
Fiche n° 1-2-1-1101-2530
Rédacteur(s) : Feunteun, Eric
Fiche éditée le : 2026-06-08
Source : FishBase 2025
Taxonomie
Classe : Cephalaspidomorphes
Ordre : Pétromyzontiformes
Famille : Petromyzontidae
Nom commun (EN) : Sea lamprey
Principaux synonymes
Petromyzon marinus Linnaeus, 1758; Petromyzon
americanus Lesueur, 1818; Petromyzon nigricans Lesueur,
1818; Ammocoetes bicolor Lesueur, 1818; Petromyzon
maculosus Gronow, 1854; Petromyzon marinus dorsatus
Wilder, 1883; Petromyzon marinus unicolor Gage, 1928;
Oceanomyzon wilsoni Fowler, 1908; Petromyzon ruber
Lacepède, 1800; Petromyzon lampetra Pallas, 1814;
Petromyzon adriaticus Nardo, 1847; Petromyzon bairdii
Gill, 1883
Critères d’identification
L’espèce Petromyzon marinus possède un corps de forme serpentiforme
et cylindrique, avec une tête caractérisée par une bouche en forme de
ventouse (sub – terminale/inférieure) et un front nettement convexe.
Elle ne possède pas de mâchoire, mais la bouche, lorsqu’elle est
ouverte, est ronde et en forme de ventouse, munie de dents pointues
disposées en plusieurs rangées circulaires consécutives. Sa nageoire
caudale est tronquée. L’espèce possède des écailles absentes. Les
individus peuvent atteindre une taille maximale de 120 – LT. Les tailles
observées selon Louisy (2022) sont : 70 – 80 cm (1,2m) Le poids maximal,
connu pour l’espèce, est de 2500.0 g. La coloration de ce poisson varie
en fonction de sa taille et de son stade de développement. Les individus
nouvellement transformés, mesurant entre 13,5 et 17,5 cm de TL,
présentent une couleur allant du gris – bleuâtre sur le dos au blanc
argenté sur le ventre. Chez les individus de 45 cm de LT ou plus, les
faces dorsale et latérale deviennent marbrées, tandis que la face
ventrale reste uniformément pâle. Chez l’adulte, la livrée est olive ou
jaune brun sur la partie dorsale et latérale du corps, avec des
marbrures noires, et devient plus claire ventralement. Le dos, les
flancs et les nageoires présentent des marbrures noires proéminentes.
L’iris est jaune d’or. Les neuromastes de la ligne latérale sont soit
non pigmentés, soit pigmentés de manière foncée. La pigmentation de la
nageoire caudale s’étend à 75 % ou plus. Chez le smolt (durant la
métamorphose avant le passage en mer), la livrée est homogène, sans
taches, de couleur olive. Cette espèce se distingue par la présence de 7
ouvertures branchiales derrière l’œil. Les nageoires paires sont
absentes. Le nombre de myomères varie de 67 à 74. Les larves ammocètes,
présentes en eau douce, ne sont pas décrites ici. La taille de l’espèce
varie entre 10 et 15 cm, avec un disque oral aussi large ou plus large
que la tête. Les adultes mesurent entre 11,4 et 120,0 cm de longueur
totale, et le poids corporel d’un individu de 120 cm atteint 2,3 kg. Les
proportions corporelles, en pourcentage de la longueur totale (LT), sont
les suivantes : la longueur prébranchiale varie de 9,2 à 16,0 % (pour 46
spécimens de 19,2 à 82,75 cm LT) ; la longueur branchiale de 8,1 à 16,0
% ; la longueur du tronc varie de 45,6 à 58,5 % ; la longueur de la
queue de 22,0 à 42,2 % ; le diamètre des yeux de 0,8 à 3,6 % ; la
longueur du disque de 4,5 à 9,3 % ; la longueur du museau de 6,5 à 10,9
%. La longueur de la papille urogénitale, en pourcentage de la longueur
branchiale, varie entre 9,5 et 13,0 % chez sept mâles reproducteurs
mesurant entre 38,5 et 49,2 cm de LT. Les mâles reproducteurs
développent une crête dorsale en forme de corde devant la première
nageoire dorsale, s’étendant jusqu’à la région branchiale postérieure,
d’où le nom de mâles cordés. Concernant la dentition, la lame supra –
orale présente une dent prémolaire, tandis que la lame infra – orale
comprend 6 à 10 dents unicuspides, la plus latérale étant parfois
bicuspide. Il y a 4 dents endolatérales de chaque côté, avec une formule
endolatérale Généralement 2 – 2 – 2 – 2, et 3 rangées d’antériales. La
première rangée d’antériales comprend 1 dent unicuspide. Il y a 5 à 7
rangées d’exolatérales de chaque côté, et 3 rangées d’affiches, avec la
première rangée de postériales comportant 10 dents unicuspides. La lame
linguale transverse est fortement en forme de W, avec 12 à 14 cuspides,
la médiane non élargie, et les lames linguales longitudinales en forme
de J, chacune avec 12 à 14 cuspides. L’espèce possède 2 à 3 tentacules
vélaires lisses. La forme de la nageoire caudale est en forme de pelle,
et les fimbriae orales varient entre 114 et 150. Les papilles buccales
sont au nombre de 24 à 33. Elle peut être confondue avec Ichthyomyzon
unicuspis et I. castaneus. Son identification est considérée comme
facile.
Biologie
Cette espèce présente un mode de reproduction amphihalin, avec un
cycle de vie comprenant d’importantes migrations entre milieux marins et
dulçaquicoles. Après une phase juvénile en rivière, les individus
métamorphosés migrent vers le milieu marin où ils vivent en parasitant
poissons, requins ou mammifères marins pendant 20 à 30 mois. Au
printemps, les adultes mûrs remontent les cours d’eau pour se
reproduire, suivi de la mort des géniteurs. Les larves issues de cette
reproduction s’enfouissent dans les sédiments fluviaux, se nourrissent
de matière organique et de micro – organismes durant 6 à 8 ans avant de
subir leur métamorphose et repartir en mer. Petromyzon marinus est un
prédateur médian. Elle a été signalée sur plusieurs espèces d’eau douce,
notamment Coregonus johannae, C. nigripinnis, C. zenithicus,
Oncorhynchus mykiss et Salvelinus namaycush, ainsi que sur des espèces
marines telles que Cetorhinus maximus, Acipenser oxyrinchus, Alosa
sapidissima, Clupea harengus, Salmo salar, Gadus morhua, Urophycis
chuss, Scomber scombrus, ainsi que sur des mammifères marins dont
certains cétacés. Les parasites des lamproies marines comprennent : 3
trématodes,4 cestodes,1 nématode,1 acanthocéphale,1 sangsue,1 mollusque
et 1 copépode (Réf. 5951). Comportement : Espèce amphihaline (ou
diadrome), potamotoque (ou anadrome) effectuant d’importantes migrations
entre les rivières où se déroulent la ponte et la croissance juvénile. A
l’issue de leur phase de croissance en mer, les adultes matures
remontent les rivières en fin d’hiver pour se reproduire au printemps et
au début de l’été (Réf. 12324, 35387, 88186) lorsque la température de
l’eau varie de 10 à 18°C (Réf. 88184). Les sites de ponte peuvent être
localisées à des distances allant de 20 à 850 km à l’intérieur de la mer
(Réf. 12324). Au moment de la ponte, les lamproies se rassemblent en
petits groupes (Réf. 5504). Il semble que les lamproies matures peuvent
utilisent leur odorat pour détecter la présence d’ammocètes et
s’orienter vers les frayères fonctionnelles (Réf. 88714). Le mâle creuse
un nid dans les graviers. La fraye a lieu dans des zones à courant
rapide et hautement oxygénées avec des fonds de gravier, de galets et de
sable (Réf. 12324). Les femelles libèrent de petits œufs (< 1 mm de
diamètre) dans les nids construits au préalable par les mâles (Réf.
5504, 12324, 51442). La fraye a lieu principalement pendant les journées
ensoleillées, lorsque la température de l’eau est d’au moins 15°C (Réf.
88171). Jusqu’à dix lamproies reproductrices occupent le même nid.
Fécondité, 43 997 – 101 932 [jusqu’à 108 000 selon Gage (1928)]
œufs/femelle dans les populations enclavées et 151 836 – 304 832
œufs/femelle dans les populations anadromes. Les reproducteurs meurent
après la reproduction (Réf. 51442). Les œufs éclosent après 7 à 14 jours
(41851, 88186). Une éclosion réussie nécessite une température de l’eau
de 15 à 25 °C (Réf. 88715). L’éclosion donne naissance à des larves
dites « ammocètes » se développent en eau douce. Les ammocètes
s’enfouissent dans des fonds vaseux et sablo vaseux riches en matière
organique (Réf. 59043, 88712) souvent au bord des rivières et des
ruisseaux où les courants sont lents (Réf. 58185, 59043, 88184). Les
ammocètes sont des filtreurs de diatomées et de détritus (Réf. 30578,
51442, 59043). Les larves restent enfouies dans le sédiment des des
rivières où elles se nourrissent de micro – organismes et de matières
organiques (Réf. 30578, Réf. 51442). Cette phase en eau douce dure 6 à 8
ans mais elle peut s’étaler entre 2 ans et 19 ans ou plus (Réf. 89241).
La métamorphose se produit en juillet – octobre et les jeunes smolts,
d’une couleur argentée, mesurant environ 25 cm pour un poids de 50 à 100
g, dévalent vers la mer (Réf. 5504, 30578, 51442). Les lamproies restent
dans les estuaires et les zones côtières peu profondes pendant une
quelques mois puis se dispersent vers le large, jusqu’au bord du plateau
continental, à mesure de la croissance (Réf. 59043). La croissance en
mer dure de 20 à 36 mois. La plupart des individus atteignent 60 à 75 cm
de longueur et 400 à 1000 g (Réf. 58185, 88171, Réf. 88187). Prédateurs
hématophages, elles parasitent une grande diversité de poissons osseux,
de requins et de mammifères marins (Réf. 89241). Les lamproies utilisent
leur ventouse buccale pour se fixer sur des proies de grande taille puis
elles râpent un trou dans la chair à l’aide de leurs dents pointues
localisées sur le disque buccal et sur la langue. Elles se nourrissent
du sang, des fluides corporels et des muscles de leur hôte pendant
plusieurs jours, Généralement sans le tuer (Réf. 51442, 59043) mais en
laissant des cicatrices rondes caractéristiques. Une substance
anticoagulante empêche fluidifie le sang de la proie (Réf. 12324, 35387,
88186). Introduite en Amérique du Nord, certaines populations sont des
résidents permanents d’eau douce [Grands Lacs Laurentiens, lacs Finger
(lac Cayuga), lac Champlain], tandis que d’autres sont anadromes. Les
migrations alimentaires des adultes parasites enclavés dans les Grands
Lacs Laurentiens peuvent atteindre 628 km (Réf. 89241). La forme
enclavée est très destructrice pour les poissons d’eau douce et gêne
parfois les baigneurs en s’accrochant à eux (Réf. 51442). Au Michigan,
la période de frai s’étend du 27 mai au 2 septembre, à des températures
de l’eau comprises entre 11,1 et 26,1 °C, avec un pic d’activité de frai
entre la fin mai et la mi – juin. En Ontario, la construction du nid a
lieu du 4 au 21 juin, à une température de l’eau comprise entre 18 et 23
°C. Dans les cours d’eau du Québec et de l’État de New York, la fraie a
également lieu en juin, mais dans les lacs de l’État de New York, elle a
lieu de la fin mai au début juillet. Les nids sont construits dans des
ruisseaux ayant une largeur de 1,5 à 43 m, une profondeur de 15 à 90 cm
et un débit de 0,01 à 54 m3/s. Il y a eu des occurrences signalées au
Michigan de frai de lamproie marine avec la lamproie brune, la lamproie
du Nord (rivière Devils), de lamproie marine avec la lamproie argentée
(lac Carp, Devils, East Au Gres et Rifle), la lamproie américaine
(rivières Carp Lake, Pine et Pentwater). A envahi les Grands Lacs des
Hautes Laurentides (Huron – Michigan – Supérieur) à la fin des années
1930, où il a contribué dans une certaine mesure à l’effondrement de
certaines espèces locales déjà impactées par la surpêche La lamproie
marine a été ciblée par des mesures de contrôle dans le bassin des
Grands Lacs laurentiens qui comprennent des traitements au lampricide (3
– trifluorométhyl – 4 – nitrophénol, en abrégé TFM, avec ou sans le
synergiste 2’,5 – dichloro – 4’ – nitrosalicylanilide, en abrégé comme
Bayer 73) visant les ammocètes, à partir de 1957, les barrières
électromécaniques qui interceptent les migrants en amont, à partir
d’avant 1957, et plus tard les barrières à faible hauteur, les barrières
à crête réglable, également connues sous le nom de barrières gonflables,
les pièges et la chimiostérilisation des mâles. Environ 258 000
lamproies marines adultes, ont été prises entre 1953 et 1960 sur des
barrières électriques exploitées dans le seul bassin du lac Supérieur.
Entre 1958 et 1980, 54,5 millions de dollars canadiens ont été dépensés
pour le contrôle et la recherche sur la lamproie marine. Malgré quelques
tentatives de développement d’une pêche axée sur les communautés
ethniques dans les grandes villes autour des Grands Lacs, comme Toronto,
la pêche à la lamproie marine enclavée ne s’est pas encore établie. De
plus, les niveaux élevés de mercure chez les adultes excluent leur
utilisation pour la consommation humaine. Des pêcheries historiques pour
la forme anadrome existaient dans les années 1800 sur les rivières
Merrimack et Connecticut, dans le Massachusetts, lorsqu’elle était
abondante, avant les barrages et la pollution. De telles pêcheries
existent depuis des siècles en Europe [Angleterre (Royaume – Uni),
France, Portugal].
Habitat et répartition
Cette espèce vit principalement dans des environnements marin et
dulçaquicole Température de l’eau : entre 1,8 – 13,1 °C Éloignement de
la côte : Océanique Principaux habitats : Estuaires Distribution
bathymétrique : 1 – 4099 m, habituellement : 597 – 1639 m Profondeur
observée selon Louisy (2022) : 5 – 20m (1 – 110m).
Menaces et utilisations
Importance ou intérêt commercial : Intérêt commercial faible ;
espèces envahissantes : Les lamproies marines du vieux continent sont
très fortement impactées par la prédation par les silures. Certaines
études indiquent que près de 90 % des lamproies sont consommées avant
d’avoir pu se reproduire. ; pression anthropique : Les barrages
représentent un impact fort pour les lamproies dont de nombreux habitats
de reproduction sont devenus inaccessibles la migration étant bloquée ou
retardée par ces barrages. ; adaptations possibles : Possibilité de
sédentarisation dans certaines conditions si les juvéniles ne peuvent
retourner en mer pour se reproduire et à condition que les proies soient
disponibles. Ce changement de cycle de vie n’est connu que dans les lacs
et grands fleuves d’Amérique du nord est.
Galerie photos
Crédit photo : Sabatié R. INRA
Carte de répartition