Les Aulonocara

Les Aulonocara du lac Malawi
Les Aulonocara, communément appelés cichlidés paons ou Peacock cichlids, comptent parmi les poissons les plus remarquables du lac Malawi. Le genre associe une morphologie élégante, des couleurs spectaculaires chez les mâles et surtout un comportement alimentaire exceptionnel : ces poissons sont capables de détecter de minuscules proies dissimulées dans le sable grâce à un système sensoriel céphalique particulièrement développé.
Endémiques du lac Malawi, les Aulonocara occupent principalement les zones sableuses, les interfaces roche-sable et, chez certaines espèces, les secteurs rocheux ou les cavités. Leur répartition géographique très morcelée a favorisé une importante diversification entre populations locales. Il est donc fréquent, dans le monde aquariophile, de rencontrer des poissons désignés non seulement par leur nom scientifique, mais aussi par leur localité d’origine : Aulonocara stuartgranti « Chilumba », « Usisya », « Cobue », « Mdoka », etc.
1. Classification
Les Aulonocara appartiennent à :
- Embranchement : Chordata
- Classe : Actinopterygii
- Ordre : Cichliformes
- Famille : Cichlidae
- Sous-famille : Pseudocrenilabrinae
- Genre : Aulonocara Regan, 1922
Le genre est strictement endémique du lac Malawi. Les sources scientifiques décrivent actuellement un ensemble d’environ une vingtaine d’espèces, mais la taxonomie du groupe reste complexe : certaines populations géographiques sont très proches morphologiquement et leur statut spécifique peut faire l’objet de discussions.
Cette situation est caractéristique des cichlidés du Malawi, dont l’évolution a produit une extraordinaire diversification à partir d’ancêtres communs.
2. Étymologie du nom Aulonocara
Le nom Aulonocara est formé à partir de deux termes grecs :
- aulos : « flûte » ;
- kara : « tête » ou « visage ».
L’étymologie fait référence à la morphologie particulière de la tête et notamment au système de canaux sensoriels développé chez ces poissons.
Ce caractère est particulièrement important chez les Aulonocara puisqu’il ne s’agit pas simplement d’une particularité anatomique : il joue un rôle essentiel dans leur alimentation.
De nombreuses espèces portent par ailleurs des noms spécifiques faisant référence à une personne, une localité ou une caractéristique morphologique. Par exemple :
- Aulonocara baenschi rend hommage au biologiste Ulrich Baensch ;
- Aulonocara koningsi honore l’ichtyologiste et spécialiste des cichlidés africains Ad Konings ;
- Aulonocara jacobfreibergi honore Jacob « Jack » Freiberg, qui participa à la collecte du matériel type ;
- Aulonocara kandeense fait référence à Kande Island ;
- Aulonocara ethelwynnae honore l’ichtyologiste britannique Ethelwynn Trewavas.
3. Le lac Malawi, berceau des Aulonocara
Le lac Malawi constitue l’un des plus extraordinaires laboratoires naturels de l’évolution.
Long de près de 600 km, il appartient au système du Rift est-africain et s’étend entre le Malawi, la Tanzanie et le Mozambique. Sa faune de cichlidés est extraordinairement diversifiée, avec des espèces ayant évolué pour exploiter des habitats et des ressources alimentaires très différents.
Les Aulonocara se sont spécialisés principalement dans l’exploitation des fonds sableux et des zones de transition entre sable et rochers.
Leur habitat n’est cependant pas uniforme.
On peut distinguer schématiquement deux grands ensembles écologiques :
Aulonocara des zones sableuses
Ces espèces vivent au-dessus de substrats meubles et recherchent leur nourriture dans le sable.
Les femelles et les mâles non territoriaux présentent souvent une coloration discrète, généralement grisâtre, brunâtre ou argentée, leur permettant de se confondre avec le fond.
Aulonocara des zones rocheuses ou mixtes
D’autres espèces vivent dans les éboulis rocheux, les grottes ou les zones de transition entre rochers et sable.
Aulonocara jacobfreibergi en constitue un exemple particulièrement connu. L’espèce peut fréquenter des habitats rocheux et des cavités, contrairement aux formes strictement liées aux fonds sableux.
4. Répartition géographique et importance des localités
L’un des aspects les plus passionnants des Aulonocara est leur forte différenciation géographique.
Une même espèce peut présenter des mâles très différents selon la population.
Aulonocara stuartgranti est l’exemple classique. Cette espèce est connue sous de nombreuses appellations géographiques correspondant à différentes populations du lac.
On rencontre ainsi, dans le commerce aquariophile et chez les spécialistes, des appellations telles que :
- A. stuartgranti « Usisya » ;
- « Mdoka » ;
- « Chitimba » ;
- « Cobue » ;
- « Maulana » ;
- « Ngara » ;
- « Chilumba » ;
- « Chipoka ».
Ces noms de localité sont extrêmement importants pour l’aquariophile qui souhaite préserver des lignées géographiques authentiques.
D’autres espèces ont des distributions beaucoup plus restreintes.
Par exemple, Aulonocara koningsi est connu uniquement de Mbenji Island, au Malawi. L’espèce occupe la zone intermédiaire entre rochers et sable, où elle recherche sa nourriture sur les plages sableuses entre les rochers.
Aulonocara baenschi possède quant à lui une répartition comprenant notamment Chipoka, les îles Maleri, Nkhomo et Usisya.
Aulonocara jacobfreibergi possède une distribution plus méridionale comprenant notamment Nkudzi, Monkey Bay, Nankumba, Domwe Island et Otter Point.
Cette diversité de répartitions explique pourquoi il est préférable, lorsqu’on parle d’un Aulonocara, de préciser l’espèce et la localité.
5. Morphologie
Les Aulonocara possèdent généralement un corps fusiforme, légèrement comprimé latéralement, avec une tête relativement développée.
Le dimorphisme sexuel est très marqué.
Les mâles
Les mâles adultes sont généralement :
- plus grands ;
- plus colorés ;
- territoriaux ;
- particulièrement brillants pendant la période de reproduction.
Selon l’espèce et la population, les couleurs peuvent associer :
- bleu métallique ;
- bleu électrique ;
- jaune ;
- orange ;
- rouge ;
- violet ;
- noir ;
- blanc argenté.
Les nageoires peuvent également présenter des bordures très contrastées.
Les femelles
Les femelles sont beaucoup plus discrètes.
Elles sont généralement :
- brun grisâtre ;
- beige ;
- argentées ;
- parfois légèrement jaunâtres.
Cette différence de coloration constitue un mécanisme classique chez les cichlidés : le mâle territorial signale sa présence et son état reproducteur tandis que la femelle conserve une livrée cryptique.
6. Le remarquable système sensoriel des Aulonocara
C’est probablement le caractère biologique le plus extraordinaire du genre.
Les Aulonocara possèdent un système de ligne latérale fortement développé, particulièrement au niveau de la tête.
Les canaux sensoriels sont élargis et comportent de nombreux pores visibles sur la région céphalique.
Ce système permet au poisson de percevoir les mouvements de l’eau et les perturbations hydrodynamiques provoqués par des animaux dissimulés dans le sable.
Les études expérimentales sur Aulonocara stuartgranti ont montré que ces poissons peuvent détecter leurs proies grâce aux signaux hydrodynamiques produits par celles-ci.
C’est à l’origine de l’expression parfois utilisée de « cichlidés sonar ».
Il ne s’agit évidemment pas d’un sonar comparable à celui d’un mammifère marin ou d’un appareil électronique. Le poisson utilise simplement un système extrêmement sensible de détection des mouvements de l’eau.
7. Une technique de chasse étonnante
Lorsqu’un Aulonocara recherche sa nourriture, il adopte souvent une attitude presque immobile.
Il se maintient à quelques millimètres ou environ un centimètre au-dessus du sable, avec très peu de mouvements de nageoires.
Puis soudain, il plonge la tête dans le substrat.
Si une petite proie est détectée, elle est aspirée avec une petite quantité de sable.
Le poisson sépare ensuite la proie du substrat et rejette le sable par la bouche ou les ouvertures branchiales.
Cette technique est très différente de celle de certains autres cichlidés sabulicoles.
Par exemple, les Tramitichromis avalent une quantité importante de sable et le tamisent afin d’en extraire les invertébrés. Les Aulonocara, eux, détectent individuellement la proie avant de la capturer.
8. Alimentation dans le milieu naturel
Les Aulonocara sont essentiellement des microprédateurs benthiques.
Leur nourriture comprend notamment :
- petits crustacés ;
- larves d’insectes ;
- petits mollusques ;
- vers ;
- petits invertébrés benthiques ;
- autres organismes vivant dans ou sur le sable.
Le régime exact varie selon l’espèce, la localité et le type d’habitat.
L’étude de la morphologie céphalique montre également que certains Aulonocara peuvent exploiter de petites proies relativement différentes, notamment des gastéropodes de petite taille.
Il est donc préférable de ne pas considérer les Aulonocara comme de simples « mangeurs de paillettes », mais comme des prédateurs spécialisés de petites proies benthiques.
9. Éthologie
Les Aulonocara sont généralement moins agressifs que les Mbuna.
Cette relative tranquillité est l’une des raisons de leur popularité en aquarium.
Cependant, il serait faux de les qualifier de poissons totalement pacifiques.
Territorialité
Les mâles adultes défendent un territoire, particulièrement lorsqu’ils sont prêts à se reproduire.
Le territoire peut être constitué :
- d’une petite zone de sable ;
- d’un espace situé entre des rochers ;
- d’une cavité ;
- d’une dépression creusée dans le substrat.
Chez Aulonocara koningsi, par exemple, les mâles défendent leur territoire et peuvent creuser sous les rochers afin d’aménager une zone de ponte.
Chez Aulonocara gertrudae, les mâles peuvent construire des cratères dans le sable, utiliser une cavité rocheuse ou aménager une dépression contre un rocher.
10. Reproduction
Comme beaucoup de cichlidés du Malawi, les Aulonocara pratiquent l’incubation buccale maternelle.
Le mâle commence par établir un territoire de reproduction.
Il attire ensuite une femelle et adopte une parade nuptiale particulièrement spectaculaire : nage en position inclinée, déploiement des nageoires, tremblements du corps et présentation de la zone de ponte.
La femelle pond quelques œufs.
Elle les prend immédiatement dans sa bouche.
Le mâle participe alors à la fécondation grâce au comportement caractéristique des « egg spots », ou ocelles de la nageoire anale chez de nombreuses espèces. La femelle tente de récupérer ces faux œufs, ce qui la positionne à proximité de la région génitale du mâle et permet la fécondation des œufs présents dans sa bouche.
Après la ponte, la femelle incube les œufs puis les larves dans sa cavité buccale.
La durée totale est généralement de l’ordre de trois semaines, selon la température et l’espèce.
Durant cette période, la femelle s’alimente très peu ou cesse pratiquement de se nourrir.
11. Les jeunes
Lorsque les alevins sont suffisamment développés, la femelle les libère.
Elle peut cependant continuer à les reprendre dans sa bouche lorsqu’un danger apparaît.
En aquarium, les jeunes peuvent être nourris avec :
- nauplies d’Artémia ;
- microgranulés ;
- aliments en poudre de qualité ;
- petits aliments adaptés aux alevins.
Une bonne croissance dépend surtout de la qualité de l’eau, de la fréquence des repas et de la stabilité du milieu.
12. Principales espèces et formes connues
Il est impossible de présenter ici toutes les populations et formes géographiques du genre, mais plusieurs espèces sont particulièrement importantes en aquariophilie.
Aulonocara baenschi
Souvent appelé « Sunshine Peacock ».
Espèce relativement petite et très colorée, caractérisée par une coloration jaune à orangée chez le mâle avec des marques bleutées. Elle est notamment connue de Chipoka, Maleri, Nkhomo et Usisya. Sa taille maximale rapportée est d’environ 13 cm.
Aulonocara stuartgranti
L’une des espèces les plus connues du genre.
Elle présente une remarquable diversité géographique et chromatique. Les différentes populations sont souvent désignées par leur localité.
C’est également l’espèce ayant fait l’objet de nombreuses études sur la détection sensorielle des proies dans le sable.
Aulonocara jacobfreibergi
Espèce plus robuste et souvent plus territoriale.
Elle fréquente notamment les zones rocheuses et les cavités. Certaines populations sont particulièrement spectaculaires, ce qui explique sa grande popularité en aquariophilie.
Aulonocara kandeense
Son nom fait directement référence à Kande Island, localité type située dans le lac Malawi.
Aulonocara koningsi
Espèce décrite en 2003, dédiée à Ad Konings. Elle est connue de Mbenji Island et présente une distribution très limitée.
Aulonocara gertrudae
Espèce pouvant être rencontrée sur les deux rives du lac. Elle fréquente les zones sableuses et possède des comportements territoriaux et reproducteurs typiques du genre.
Aulonocara brevinidus
Son nom fait référence à la profondeur relativement faible du nid de ponte : brevis signifie « court » ou « peu profond » et nidus signifie « nid ».
13. Maintenance en aquarium
Les Aulonocara sont relativement accessibles à l’aquariophile expérimenté, à condition de respecter leurs besoins naturels.
Il faut avant tout éviter de concevoir leur aquarium comme un simple bac rempli de pierres.
Un bon aquarium d’Aulonocara doit offrir une large zone de sable libre.
Volume
Pour un groupe composé d’un mâle et de plusieurs femelles, un aquarium d’environ :
250 à 300 litres avec une façade d’au moins 120 cm
constitue une bonne base pour les espèces de taille modérée.
Pour un aquarium communautaire Malawi, il est préférable de prévoir beaucoup plus grand :
450 à 600 litres et davantage.
Les espèces plus grandes ou plus territoriales nécessitent naturellement davantage d’espace.
Le volume seul ne suffit cependant pas : la longueur du bac et la surface au sol sont essentielles.
14. Décor
Le décor idéal comprend :
Une grande plage de sable
Le sable fin est fortement recommandé.
Il permet aux poissons de reproduire leur comportement naturel de recherche de nourriture.
Quelques rochers
Les roches servent :
- de limites territoriales ;
- de refuges ;
- de supports pour la reproduction ;
- de zones de séparation visuelle.
Il n’est toutefois pas nécessaire de remplir tout le bac d’un empilement rocheux comme pour un aquarium Mbuna.
Des zones dégagées
Les Aulonocara apprécient les espaces ouverts permettant leur comportement de recherche alimentaire.
Une disposition intéressante consiste à placer les roches principalement sur les côtés et à l’arrière, tout en conservant une grande plage de sable au premier plan.
15. Paramètres de l’eau
L’eau du lac Malawi est alcaline et relativement minéralisée.
Pour l’aquarium, on peut viser :
| Paramètre | Valeur conseillée |
|---|---|
| Température | 24–26 °C |
| pH | 7,6–8,4 |
| GH | environ 8–15 °dGH ou davantage selon l’eau |
| KH | environ 8–12 °dKH |
| Nitrates | aussi faibles que possible |
| Ammoniaque | 0 |
| Nitrites | 0 |
Les valeurs naturelles peuvent varier selon les secteurs du lac et selon la profondeur. Par exemple, A. baenschi est donné pour un pH de 7,2–8,2 et une dureté de 10–30 °dH dans les données FishBase.
Il est donc inutile de rechercher une valeur « magique ».
La stabilité des paramètres est plus importante que la recherche d’un chiffre absolument précis.
16. Filtration
Les Aulonocara apprécient une eau :
- propre ;
- fortement oxygénée ;
- biologiquement stable.
Une filtration externe correctement dimensionnée est particulièrement adaptée.
Une bonne circulation doit créer un brassage général du bac sans transformer l’aquarium en torrent.
Les changements d’eau réguliers sont indispensables.
Un renouvellement hebdomadaire de l’ordre de 20 à 30 % constitue une bonne base, à adapter à la population, à la filtration et aux résultats des tests.
17. Alimentation en aquarium
L’alimentation doit reproduire autant que possible le régime de microprédateur benthique.
On peut utiliser :
- granulés de qualité pour cichlidés carnivores/insectivores ;
- petites nourritures congelées ;
- Artémias ;
- Mysis ;
- Daphnies ;
- krill de petite taille ;
- aliments riches en protéines animales mais correctement équilibrés.
Il est préférable de distribuer de petites quantités plusieurs fois plutôt qu’un énorme repas quotidien.
Les aliments très riches et les distributions excessives peuvent rapidement dégrader la qualité de l’eau.
Il faut également éviter de transformer leur alimentation en régime exclusivement carné : une alimentation variée et équilibrée est préférable.
18. Faut-il donner des vers de vase ?
Les vers de vase peuvent être consommés, mais ils ne devraient pas constituer la base du régime, et il faut surtout faire attention aux autres colocataires, pour éviter des déconvenues, surtout la maladie du « bloat ».
Pour une maintenance à long terme, les aliments secs de qualité complétés par des aliments congelés tels que les Artémias, Daphnies ou Mysis constituent une approche plus équilibrée.
L’objectif est de se rapprocher de la diversité des petites proies que les Aulonocara rencontrent naturellement.
19. Cohabitation
Les Aulonocara peuvent être maintenus avec d’autres cichlidés du Malawi, mais il faut sélectionner soigneusement les colocataires.
Les associations les plus cohérentes sont généralement réalisées avec des Haplochrominiens relativement calmes partageant des besoins alimentaires et comportementaux comparables.
La cohabitation avec des Mbuna très agressifs et très territoriaux est beaucoup plus délicate.
Un Aulonocara relativement calme peut être dominé en permanence par des poissons beaucoup plus remuants.
Le problème n’est pas seulement la violence directe : un poisson dominé peut perdre l’accès à la nourriture, rester caché et finalement dépérir.
20. Pourquoi ne faut-il pas mélanger plusieurs Aulonocara ?
C’est l’une des règles les plus importantes pour l’aquariophile qui souhaite préserver des poissons de qualité.
Les femelles de nombreuses espèces sont très semblables.
Lorsque plusieurs espèces ou populations proches sont placées ensemble, les risques d’hybridation deviennent importants.
Les hybrides peuvent être très beaux, mais ils perdent leur intérêt en tant que représentants d’une population naturelle.
Un aquarium spécialisé peut donc être organisé autour :
d’une seule espèce d’Aulonocara, avec une seule localité géographique clairement identifiée.
Cette approche est particulièrement intéressante pour l’élevage et la conservation des souches.
21. Les formes commerciales et les hybrides
L’immense popularité des Aulonocara a conduit à l’apparition de nombreuses formes sélectionnées en élevage.
On trouve notamment des poissons :
- très rouges ;
- « fire red » ;
- albinos ou érythristiques ;
- présentant des couleurs extrêmement uniformes ;
- issus de croisements entre populations.
Certaines formes vendues dans le commerce n’ont aucun équivalent sauvage.
Les formes artificielles ne sont pas nécessairement de mauvais poissons d’aquarium, mais elles doivent être clairement distinguées des populations sauvages.
Un exemple documenté est celui de formes commerciales extrêmement rouges et artificiellement sélectionnées qui ne correspondent à aucune population naturelle connue du lac Malawi.
Pour l’aquariophile naturaliste, il est donc préférable d’acheter un poisson portant :
genre + espèce + localité
plutôt qu’un simple nom commercial comme « Peacock Red », « Fire Fish » ou autre appellations commerciales.
22. Préserver la souche géographique
Un élevage sérieux devrait idéalement conserver les informations suivantes :
Aulonocara stuartgranti « Usisya »
plutôt que simplement :
Aulonocara stuartgranti
et, encore moins :
Peacock bleu.
La localité permet de conserver une information biologique précieuse.
Elle renseigne sur :
- l’origine géographique ;
- la coloration ;
- les caractéristiques morphologiques ;
- l’habitat ;
- la génétique potentielle de la population.
Cette précision est particulièrement importante dans un lac où des populations très proches peuvent évoluer indépendamment sur des distances relativement faibles.
23. Aulonocara et évolution
Les Aulonocara illustrent parfaitement le phénomène de radiation évolutive des cichlidés africains.
À partir d’ancêtres communs, différentes populations ont évolué en exploitant :
- différents habitats ;
- différentes profondeurs ;
- différentes ressources alimentaires ;
- différentes stratégies de reproduction.
La sélection sexuelle a également joué un rôle considérable.
Les mâles fortement colorés peuvent être avantagés dans la compétition entre mâles et dans l’attraction des femelles.
Cette combinaison entre sélection naturelle et sélection sexuelle contribue à expliquer la diversité spectaculaire des cichlidés du Malawi.
24. Un poisson particulièrement intéressant à observer
L’intérêt des Aulonocara ne réside finalement pas uniquement dans leurs couleurs.
Un mâle adulte qui stationne immobile quelques millimètres au-dessus du sable semble presque dormir.
En réalité, il est extrêmement attentif.
Son système sensoriel analyse les minuscules perturbations de l’eau.
Un petit crustacé bouge sous le sable.
Le poisson détecte le signal.
Une fraction de seconde plus tard, il plonge son museau dans le substrat et capture la proie.
Cette stratégie alimentaire constitue l’un des exemples les plus remarquables de spécialisation sensorielle chez les cichlidés africains.
25. Les erreurs à éviter en aquarium
Les principales erreurs sont :
- Aquarium trop petit pour la population choisie.
- Absence de sable, alors que la plupart des Aulonocara l’utilisent activement.
- Décor constitué exclusivement d’un énorme amas rocheux.
- Cohabitation avec des Mbuna très agressifs.
- Mélange de plusieurs espèces ou localités d’Aulonocara.
- Alimentation trop riche et trop abondante.
- Eau insuffisamment oxygénée.
- Nitrates trop élevés.
- Changements d’eau irréguliers.
- Achat de poissons sans connaître leur origine.
- Sélection et reproduction d’hybrides sans les identifier comme tels.
26. Exemple d’aquarium idéal
Pour un bac spécifique de 300 litres destiné à une espèce d’Aulonocara de taille moyenne, on peut envisager :
- Longueur : 120 cm minimum ;
- substrat : sable fin ;
- décor : quelques roches disposées sur les côtés et à l’arrière ;
- zone centrale : grande plage de sable dégagée ;
- population : 1 mâle pour 3 à 4 femelles ;
- température : 24–26 °C ;
- pH : autour de 7,8–8,2 ;
- filtration : puissante et biologique ;
- éclairage : modéré à relativement lumineux ;
- changements d’eau : réguliers ;
- alimentation : granulés de qualité + petites nourritures congelées variées.
Pour un aquarium communautaire, il est préférable de passer à un volume nettement supérieur, notamment pour permettre aux différents territoires de s’établir.
27. Conclusion
Les Aulonocara sont bien davantage que de simples « poissons colorés du Malawi ».
Ils représentent un groupe extraordinairement spécialisé, dont la biologie associe :
- une remarquable diversité géographique ;
- un dimorphisme sexuel spectaculaire ;
- une reproduction par incubation buccale maternelle ;
- une territorialité relativement modérée ;
- une alimentation spécialisée en invertébrés benthiques ;
- et surtout un système sensoriel céphalique exceptionnel permettant de détecter les mouvements de proies enfouies dans le sable.
Pour l’aquariophile, leur maintenance est relativement accessible à condition de respecter leur écologie : espace au sol, sable, eau alcaline et minéralisée, excellente qualité d’eau, alimentation adaptée et cohabitation réfléchie.
Mais leur véritable intérêt apparaît lorsque l’on s’intéresse aux localités sauvages. Un Aulonocara stuartgranti « Usisya » n’est pas simplement un « Peacock bleu » : c’est le représentant d’une population géographique particulière du lac Malawi, avec sa propre histoire évolutive et ses caractéristiques.
C’est cette combinaison entre beauté, comportement, spécialisation sensorielle et extraordinaire diversité géographique qui fait des Aulonocara l’un des groupes les plus fascinants de la cichlidophilie africaine.
Sources principales
Les données taxonomiques, de répartition, de profondeur, de morphologie et d’écologie utilisées ici s’appuient notamment sur FishBase, le Muséum national d’Histoire naturelle et la littérature scientifique consacrée à la biologie sensorielle et alimentaire des Aulonocara.





